Déni (n.m.)
“Laurent, à combien fais-tu les machines? Mes vêtements rétrécissent tous au fur et à mesure.”
“Laurent, à combien fais-tu les machines? Mes vêtements rétrécissent tous au fur et à mesure.”
“Les commentaires idiots, ça a toujours existé. Le web ne fait que les enregistrer, c’est là la différence - avant de les rejeter dans l’oubli. Tout ça, c’est du vent. Du vent et du flux, c’est pareil. Du vent qui s’en ira, porté par des paroles et de ces mots ne restera: rien. Retournées dans les limbes de l’intimité, au premier crash informatique ou au premier changement d’hébergeur.”
Laetitia Bianchi pour Le Tigre.
Repéré, garçon sauvage sur lit noir immaculé. Pureté de sa peau contrastant avec le crépis des murs fumés. Petit sexe tombant, fatigué.
Cuisse chaude et inattendue contre main détendue.
La mélancolie cachée.
Carreaux sous pieds usés. Ligne de trams habitués et nouveau bâtiment en construction face à la chambre.
Trace de sobre, plat, morne.
Puis l’agacement et l’incompréhension suivi d’un visage en trop. Regard vers le ciel en maudissant le destin de jouer un si mauvais tour. Mélancolie dévoilée et la fraicheur d’un nouvel appel du bitume au fond de l’estomac.
Puisse-t-elle être encore consciente que l’acte en lui-même serait plus savoureux.
Bornée dans son coma amoureux, elle n’entendait plus les insultes qu’on lui claquait à la figure. Rien ne l’atteignait, en dessous de tout. Son cerveau nous avait quitté, sa raison s’était fait la malle. Innocente petite belle à la ville dormante qui n’entendait plus que les chants d’oiseaux de son imagination. Fureur externe dans son monde molletonné, elle avançait, somnambule, shootée aux belles paroles d’un homme assoiffée de chaire fébrile, facile et tendre: “Marre des vieilles croutes putrides, aigries et trop éveillées, la petite est un être plus simple à capturer et si intéressant à moduler”. Mais modulable par cet unique chasseur à tête de loup et dents aiguisées.
Nous avions beau lui faire part des pires immondices qui logeaient dans nos têtes, nous avions beau la prendre, la retourner, la tête en bas, tout ses petits orifices bouchés par notre intimité, rien n’y faisait, elle n’en restait que sourde à notre violence, comme bercée pat le malaise durable que lui imposait son canidé.
Nous, les autres.
“Que reste-t-il d’étincelle humaine, c’est à dire de créativité possible, chez un être tiré du sommeil à 6 heures chaque matin, cahoté dans les trains de banlieue, assourdi par le fracas des machines, lessivé, tué par les cadences, les gestes privés de sens, le contrôle statistique, et rejeté vers la fin du jour dans les halls de gares, cathédrales de départ pour l’enfer des semaines et l’infirme paradis des week-ends, où la foule communie dans la fatigue et l’abrutissement?”
Raoul Vaneigem.
Crob#3